Passage à l'acte ...
Le soleil se lève comme tous les matins, le réveil n'a pas encore sonné, il est encore très tôt, mais je ne dors pas, j'ai passé la nuit dans ce lit sans parvenir à trouver le sommeil. Je contemple encore et encore ce plafond, que je connais dans les moindres détails, chaque craquement de peinture m'est familier. Je reste prostrée, seule dans cette chambre où le jour pénètre un peu plus de minute en minute. Je n'ai plus envie de bouger.
La sonnerie du téléphone retentit, je n'ai pas la force de me lever, le répondeur se déclenche : « Toutes mes condoléances, c'est affreux ? », Une voix inconnue, des larmes, et je ne ressens rien.. plus rien. Je ne suis plus qu'un corps sans âme.
Je n'ai versé aucun pleur, lorsque cet inspecteur est venu me voir hier après-midi et m'apprendre la terrible nouvelle. J'ai identifié le corps comme s'il s'agissait de choisir une couleur de papier peint, avec un détachement sans précédent. L'inspecteur en a été surpris, et j'entends encore le légiste lui dire, elle est encore sous le choc, elle ne réalise pas.
J'ai traversé ce long couloir de la morgue, j'ai rejoint le bureau de ce policier. Il m'a interrogée, j'ai répondu tel un automate et je suis partie.
Maximilien, un ami, a couru après moi pour me retenir, il pleurait, je ne l'avais jamais vu dans cet état, mais toujours cette froideur, je ne voulais pas le voir, pas l'entendre, je voulais rester seule. J'ai couru et j'ai pris le premier taxi qui passait... Le chauffeur m'a demandé où j'allais, j'ai répondu n'importe où mais loin d'ici... Il m'a déposée à quelques kilomètres de mon appartement.
J'ai marché une bonne partie de la nuit, je ne me rendais plus compte de ce qui m'entourait, j'allais tout droit, mes pas me dirigeaient, je ne contrôlais plus mon corps, je ne ressentais plus la fatigue, j'étais dans un état second. J'ai fini par retrouver mon immeuble, j'ai monté un à un ces escaliers, je les ai comptées : 398 marches exactement. J'ai longé ce couloir, appartement 418, j'ai ouvert la porte... Je suis entrée, je l'ai refermée derrière moi.
Le répondeur clignotait, un chiffre rouge qui se reflète au plafond 27 messages... tous les mêmes ou presque, des larmes, des cris, toutes ces voix qui s'unissent pour porter ma peine, mais de quelle peine parlent-t-ils ? Je ne ressens rien...
Je me suis dirigée vers la salle de bain, un mot laissé sur le miroir « je t'aime à ce soir mon amour », je l'ai arraché du miroir je ne voulais pas le voir, j'ai froissé ce post-it et l'ai jeté à la poubelle. J'ai ouvert le robinet, je me suis passée de l'eau froide sur le visage, et je me demandais qui était cette personne qui se reflétait dans la glace, je ne me reconnaissais plus.
J'ai rejoint la chambre et me suis allongée, jusqu'à maintenant, je n'ai pas bougé. Qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi je suis là ? Qui suis-je ? Qui est mort ? Je ne sais plus rien, le trou noir, j'ai perdu la mémoire.
Encore ce téléphone qui sonne, et un énième message. Je me décide à me lever et à débrancher ce téléphone, je veux du silence, je veux me souvenir, je veux savoir. Je fouille dans tout l'appartement, je cherche des indices. Une photo retient mon intention, un flash, tout me revient. Je commence à trembler, une violente douleur au thorax, le cœur qui bat fort, la gorge qui se noue, je retiens ces sanglots qui sont sur le bord d'éclater. Une respiration saccadée. Je tiens cette photo, dans mes mains, les souvenirs un à un remontent à la surface, je ne me sens pas bien, entre la douleur et une violence incontrôlable.
La sonnette retentit, je ne veux pas répondre. La personne insiste frappe de toutes ses forces sur la porte, il crie « ouvre-moi, il faut que l'on parle, je sais que tu es là. Devant cette insistance et la plainte des voisins, je me décide à lui ouvrir. C'est mon frère. Je lui dis de rentrer. Je referme la porte. Il me prend dans ses bras, je me détache, je suis dans un état second, tel un toxico en manque. Les yeux injectés de sang, les mains, tout le corps qui tremblent. Il prend la parole :
«
- Je m'inquiétais, pas de nouvelles depuis hier après-midi, j'avais peur que tu aies fait une connerie.
- Non tu vois je suis toujours là et j'ai envie de rester seule
- Sûrement pas, pas dans l'état dans lequel tu es. Tu sais qui a pu vouloir l'assassiner ?
- Tu es de la police toi maintenant ?
- Non, il faut que tu te reposes, regardes, tu trembles ?
- Je ne suis pas fatiguée, je veux juste qu'on me fiche la paix et je veux retrouver cette ordure.
- Je t'aiderai, je te promets, je t'en fais le serment, mais il faut que tu gardes ton calme et pour ça il faut que tu dormes un peu.
- Tu crois que j'ai le cœur à dormir ??? Tu sais ce qu'il vient de passer : je viens de perdre l'être que j'aime le plus au monde
»
Soudain tous ces sanglots que je retenais éclatent, je tombe dans les bras de mon frère. Le fait d'avoir prononcé ces mots, m'a fait ressortir toute cette douleur. Je crie, je pleure, je le frappe. Il me retient, il souffre avec moi.
Il me fait allonger sur le lit, il s'éclipse dans la cuisine me chercher un verre d'eau et me fait prendre un calment. Je ne veux rien avaler, je me débats de toutes mes forces, mais je suis si fatiguée... Le cachet fait vite effet, l'esprit peu à peu lâche prise et je m'endors.
Quelques heures plus tard, je me réveille, l'esprit encore dans le vague, près de moi assis sur un fauteuil mon frère qui veille sur moi. Je me lève et je lui dis :
«
- j'ai bien réfléchi, si ta promesse tient toujours, on va faire une descente, chez cette ordure
- Tu sais où il se planque
- Oui j'étais au courant de l'affaire, avant de partir, elle m'a remis un double de son dossier, au cas où il lui arriverait quelque chose
- Mais c'est du ressort de la Police !
- Tu as dit que tu m'aiderais, si tu ne t'en sens pas capable, je ne te demande rien, mais n'essaye pas de m'en empêcher
- Je ne peux pas, je ne peux vraiment pas, tu agis sur le coup de la colère et ta peine tout à fait légitime mais tu vas droit dans le mur
- Je ne laisserai pas ce crime impuni, je me suis battue pour vivre notre amour, il m'a repris mes ailes, sans elle je ne suis rien, tu m'entends ????
(Ma voix tremble, l'émotion me submerge, des convulsions plus ou moins contrôlées, le manque est déjà si lourd, ma raison d'être perdue à jamais, je perds la raison, je n'ai plus qu'une obsession, lui faire payer à lui, cet assassin, ce briseur d'amour, ce voleur de vie, cet escroc qui a éliminé sa victime tout ça pour éviter la prison, masquer toutes les preuves de sa culpabilité. J'aimais une avocate, la plus brillante de sa génération, moi qui pour seul accomplissement dans ma vie avais été de me sortir de la drogue, et d'avoir repris mes études pour elle... C'était ma vie, mon souffle, mon cœur et je n'ai plus rien...
- Tu es ma seule famille, je ne veux pas te perdre ?
- Ma décision est prise.
»
Je stoppe la conversation et je quitte l'appartement, il me faut à tout pris une arme. Je rejoins un hangar, mon ancien repère, je revois à cet instant son visage, et sa tristesse, face à mon attitude, elle qui m'avait sorti des griffes de ce salaud. Elle avait risqué maintes fois sa carrière pour me sauver, plusieurs fois elle m'avait retrouvée ici au bord de l'overdose, j'avais plongé dans l'enfer de l'héroïne, elle s'est battue avec moi, a remboursé mes dettes, m'a soignée comme une parfaite infirmière, m'a aimée, m'a donné tout son amour pour que je reprenne goût à la vie après le terrible accident de mes parents. Je l'ai aimé de toute mon âme comme jamais plus je n'aimerai personne d'autre.
J'ouvre la porte, toujours le même squatte, les amis qui sont là, ces amis que je ne voyais plus de peur de replonger, ils sont là, tous shootés, de vrais zombies, je ne les comprends plus vraiment et pourtant, il y a quelques mois encore, nous partagions tout... Ils ne se rendent même pas compte de ma présence. Rien n'a changé ici, cela sent la mort dans tous les coins, des seringues partout, des bouteilles éventrées, des bières en pagaille. Je me dirige, vers un coin de la pièce séparée par un rideau, là où se trouve une sorte de débarras. Je fouille dans les cartons et c'est la caverne d'Ali baba, des armes. Je prends le premier revolver qui vient, je prends une réserve de cartouches et je range l'arme discrètement sous ma chemine, et les cartouches dans la poche intérieure de mon blouson.
Je sors de la cachette, personne ne m'a vue, je traverse tranquillement le squat, pas un mouvement dans l'assemblée. Je ne m'attarde pas. Je sors et referme la porte derrière moi. Le soleil m'éblouit, il fait une chaleur de plomb. Je marche dans les ruelles, sans me faire remarquer, je me dirige vers la planque de cet escroc. Je vois son repère, il ne bougera pas avant le soir, il se terre comme un rat. Il sait qu'il risque gros si on découvre où il se cache.
Je sais tout de lui, c'est un trafiquant de drogue puissant dans le monde entier, très ami avec un fonctionnaire haut placé, qui blanchit son argent. Il se fait passer pour un financier respectable, un investisseur, toujours à l'affût des taux en bourse. Et il écoule sa marchandise en toute impunité, en liquidant tous ceux qui s'opposeraient à lui de quelques manières. Il n'a eu aucun scrupule à abattre mon amie, cette avocate gênante qui avait démantelé tout son réseau et avait la preuve qu'il était l'investigateur de tout ce trafic. Il dort tranquille persuadé d'être à l'abri de toute accusation.
Je veux lui faire payer son crime, venger la mort de mon aimée, plus personne ne pourra me faire retrouver la raison, je sens mon cœur se broyer à chaque instant où je pense à cet homme sans remord qui vit alors qu'il devrait baigner dans son propre sang, ce sang qui laverait toutes ces fautes, ce sang qui vengerait toutes ces victimes qui sont tombées à cause de sa saloperie, ce sang qui ferait payer la perte d'Amandine, ma tendre moitié. Oui il va mourir, je suis résignée, personne ne pourra m'arrêter, pas même des milliers de policiers.
J'entre dans cet immeuble, l'arme au poing, les balles soigneusement rangées dans le chargeur. Mes années de toxicomanie m'ont appris à crocheter les serrures, sans faire de bruit. Je pénètre dans son appartement, comme je l'avais imaginé, il dort paisiblement. Il ne m'a pas entendue. Je pointe le canon vers lui et je lui dis :
«
- Réveille-toi !
- (réveillé en sursaut, voyant le canon pointé sur lui, il panique) que me voulez-vous ?
- tu me demandes ce que je veux après ce que tu as fait hier ?
- Vous devez faire erreur, on ne se connaît pas, rangez votre arme nous allons parler calmement, c'est de l'argent que vous voulez ?
- Amandine Lepage ça ne te rappelle rien ?
- Non
- (Sa réponse me met dans un état de colère et de tremblement, je lui tire un coup dans le genou, là où ça fait mal) toujours rien ??
- Arrêtez, (il me supplie, tout en maintenant la main sur sa blessure) je ferai tout ce que vous voudrez, mais je vous en supplie ?
- Vous l'avez abattu froidement, sans vous poser question, elle vous a supplié pourtant, vous l'avez tuée, vous m'avez pris la femme que j'aime le seul lien qui me retenait ici... et vous voudriez que je vous épargne ???
- S'il vous plait, oui j'ai abattu votre amie, je le regrette (je le vois pleurer, mort de peur, et sans aucun remord pourtant, je veux qu'il souffre, je veux le voir supplier...)
- Je veux que tu écrives une lettre où tu avoues le meurtre de Maître Lepage et aussi où tu reconnais être le chef de ce réseau de drogue, j'ai lu le dossier, je veux que tu fasses des aveux écrits...
- Tout ce que vous voudrez... (je lui tends une feuille et un stylo, en prenant soin de ne jamais être de dos et de toujours pointer le canon sur lui. Il écrit... sa main tremble, je relis... il a tout avoué...) Maintenant appelez une ambulance je vous en prie !!!
- Une ambulance ??? Et pourquoi donc ??? Vous avez laissé le choix à Maître Lepage de rester en vie ?
- J'ai fait des aveux, je vous en supplie... laissez-moi la vie sauve...
- C'est hors de question !!! D'ailleurs assez bavardé, tu peux dire adieu à ce monde !!
- Non !!!
»
Je n'écoute pas plus ces plaintes et je tire à plusieurs reprises sur cet homme, je ne suis plus moi-même, le sang a coulé, je viens de tuer un homme. Je suis passée de l'autre côté, celui qu'Amandine ne voulait pas que je franchisse. Je quitte les lieux à toute vitesse, j'ai du sang sur les mains, partout... Je cours aussi vite que je peux aussi loin...
Je me retrouve près de la rivière, ce lieu où j'ai rencontré Amandine pour la première fois. Cette fois, elle ne viendra pas. Je ne sais plus ce que j'ai fait, je tremble, ce cœur qui bat étrangement, il étouffe, je suffoque, je n'ai plus d'air, je viens de franchir la dernière limite, le point de non-retour. J'ai cette lettre, ces aveux... J'ai vengé Amandine, et maintenant je veux la retrouver, pour ne plus jamais la quitter non plus jamais... Avant cela j'écris une autre lettre pour expliquer toute l'histoire... les mots enfin déposés, il est temps de plier bagage...
Je brandis le canon du revolver sur ma tempe, je compte jusqu'à trois, un, deux,... Un bruit sourd raisonne, je tombe à terre c'est la fin, ma dernière image aura été le doux sourire d'amandine...
Le soleil se couche comme tous les jours, une journée sanglante se termine. La police retrouvera mon corps quelques heures plus tard et élucidera l'affaire de la décennie : Le démantèlement du plus grand trafic de drogue jamais à ce jour égalé.
La sonnerie du téléphone retentit, je n'ai pas la force de me lever, le répondeur se déclenche : « Toutes mes condoléances, c'est affreux ? », Une voix inconnue, des larmes, et je ne ressens rien.. plus rien. Je ne suis plus qu'un corps sans âme.
Je n'ai versé aucun pleur, lorsque cet inspecteur est venu me voir hier après-midi et m'apprendre la terrible nouvelle. J'ai identifié le corps comme s'il s'agissait de choisir une couleur de papier peint, avec un détachement sans précédent. L'inspecteur en a été surpris, et j'entends encore le légiste lui dire, elle est encore sous le choc, elle ne réalise pas.
J'ai traversé ce long couloir de la morgue, j'ai rejoint le bureau de ce policier. Il m'a interrogée, j'ai répondu tel un automate et je suis partie.
Maximilien, un ami, a couru après moi pour me retenir, il pleurait, je ne l'avais jamais vu dans cet état, mais toujours cette froideur, je ne voulais pas le voir, pas l'entendre, je voulais rester seule. J'ai couru et j'ai pris le premier taxi qui passait... Le chauffeur m'a demandé où j'allais, j'ai répondu n'importe où mais loin d'ici... Il m'a déposée à quelques kilomètres de mon appartement.
J'ai marché une bonne partie de la nuit, je ne me rendais plus compte de ce qui m'entourait, j'allais tout droit, mes pas me dirigeaient, je ne contrôlais plus mon corps, je ne ressentais plus la fatigue, j'étais dans un état second. J'ai fini par retrouver mon immeuble, j'ai monté un à un ces escaliers, je les ai comptées : 398 marches exactement. J'ai longé ce couloir, appartement 418, j'ai ouvert la porte... Je suis entrée, je l'ai refermée derrière moi.
Le répondeur clignotait, un chiffre rouge qui se reflète au plafond 27 messages... tous les mêmes ou presque, des larmes, des cris, toutes ces voix qui s'unissent pour porter ma peine, mais de quelle peine parlent-t-ils ? Je ne ressens rien...
Je me suis dirigée vers la salle de bain, un mot laissé sur le miroir « je t'aime à ce soir mon amour », je l'ai arraché du miroir je ne voulais pas le voir, j'ai froissé ce post-it et l'ai jeté à la poubelle. J'ai ouvert le robinet, je me suis passée de l'eau froide sur le visage, et je me demandais qui était cette personne qui se reflétait dans la glace, je ne me reconnaissais plus.
J'ai rejoint la chambre et me suis allongée, jusqu'à maintenant, je n'ai pas bougé. Qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi je suis là ? Qui suis-je ? Qui est mort ? Je ne sais plus rien, le trou noir, j'ai perdu la mémoire.
Encore ce téléphone qui sonne, et un énième message. Je me décide à me lever et à débrancher ce téléphone, je veux du silence, je veux me souvenir, je veux savoir. Je fouille dans tout l'appartement, je cherche des indices. Une photo retient mon intention, un flash, tout me revient. Je commence à trembler, une violente douleur au thorax, le cœur qui bat fort, la gorge qui se noue, je retiens ces sanglots qui sont sur le bord d'éclater. Une respiration saccadée. Je tiens cette photo, dans mes mains, les souvenirs un à un remontent à la surface, je ne me sens pas bien, entre la douleur et une violence incontrôlable.
La sonnette retentit, je ne veux pas répondre. La personne insiste frappe de toutes ses forces sur la porte, il crie « ouvre-moi, il faut que l'on parle, je sais que tu es là. Devant cette insistance et la plainte des voisins, je me décide à lui ouvrir. C'est mon frère. Je lui dis de rentrer. Je referme la porte. Il me prend dans ses bras, je me détache, je suis dans un état second, tel un toxico en manque. Les yeux injectés de sang, les mains, tout le corps qui tremblent. Il prend la parole :
«
- Je m'inquiétais, pas de nouvelles depuis hier après-midi, j'avais peur que tu aies fait une connerie.
- Non tu vois je suis toujours là et j'ai envie de rester seule
- Sûrement pas, pas dans l'état dans lequel tu es. Tu sais qui a pu vouloir l'assassiner ?
- Tu es de la police toi maintenant ?
- Non, il faut que tu te reposes, regardes, tu trembles ?
- Je ne suis pas fatiguée, je veux juste qu'on me fiche la paix et je veux retrouver cette ordure.
- Je t'aiderai, je te promets, je t'en fais le serment, mais il faut que tu gardes ton calme et pour ça il faut que tu dormes un peu.
- Tu crois que j'ai le cœur à dormir ??? Tu sais ce qu'il vient de passer : je viens de perdre l'être que j'aime le plus au monde
»
Soudain tous ces sanglots que je retenais éclatent, je tombe dans les bras de mon frère. Le fait d'avoir prononcé ces mots, m'a fait ressortir toute cette douleur. Je crie, je pleure, je le frappe. Il me retient, il souffre avec moi.
Il me fait allonger sur le lit, il s'éclipse dans la cuisine me chercher un verre d'eau et me fait prendre un calment. Je ne veux rien avaler, je me débats de toutes mes forces, mais je suis si fatiguée... Le cachet fait vite effet, l'esprit peu à peu lâche prise et je m'endors.
Quelques heures plus tard, je me réveille, l'esprit encore dans le vague, près de moi assis sur un fauteuil mon frère qui veille sur moi. Je me lève et je lui dis :
«
- j'ai bien réfléchi, si ta promesse tient toujours, on va faire une descente, chez cette ordure
- Tu sais où il se planque
- Oui j'étais au courant de l'affaire, avant de partir, elle m'a remis un double de son dossier, au cas où il lui arriverait quelque chose
- Mais c'est du ressort de la Police !
- Tu as dit que tu m'aiderais, si tu ne t'en sens pas capable, je ne te demande rien, mais n'essaye pas de m'en empêcher
- Je ne peux pas, je ne peux vraiment pas, tu agis sur le coup de la colère et ta peine tout à fait légitime mais tu vas droit dans le mur
- Je ne laisserai pas ce crime impuni, je me suis battue pour vivre notre amour, il m'a repris mes ailes, sans elle je ne suis rien, tu m'entends ????
(Ma voix tremble, l'émotion me submerge, des convulsions plus ou moins contrôlées, le manque est déjà si lourd, ma raison d'être perdue à jamais, je perds la raison, je n'ai plus qu'une obsession, lui faire payer à lui, cet assassin, ce briseur d'amour, ce voleur de vie, cet escroc qui a éliminé sa victime tout ça pour éviter la prison, masquer toutes les preuves de sa culpabilité. J'aimais une avocate, la plus brillante de sa génération, moi qui pour seul accomplissement dans ma vie avais été de me sortir de la drogue, et d'avoir repris mes études pour elle... C'était ma vie, mon souffle, mon cœur et je n'ai plus rien...
- Tu es ma seule famille, je ne veux pas te perdre ?
- Ma décision est prise.
»
Je stoppe la conversation et je quitte l'appartement, il me faut à tout pris une arme. Je rejoins un hangar, mon ancien repère, je revois à cet instant son visage, et sa tristesse, face à mon attitude, elle qui m'avait sorti des griffes de ce salaud. Elle avait risqué maintes fois sa carrière pour me sauver, plusieurs fois elle m'avait retrouvée ici au bord de l'overdose, j'avais plongé dans l'enfer de l'héroïne, elle s'est battue avec moi, a remboursé mes dettes, m'a soignée comme une parfaite infirmière, m'a aimée, m'a donné tout son amour pour que je reprenne goût à la vie après le terrible accident de mes parents. Je l'ai aimé de toute mon âme comme jamais plus je n'aimerai personne d'autre.
J'ouvre la porte, toujours le même squatte, les amis qui sont là, ces amis que je ne voyais plus de peur de replonger, ils sont là, tous shootés, de vrais zombies, je ne les comprends plus vraiment et pourtant, il y a quelques mois encore, nous partagions tout... Ils ne se rendent même pas compte de ma présence. Rien n'a changé ici, cela sent la mort dans tous les coins, des seringues partout, des bouteilles éventrées, des bières en pagaille. Je me dirige, vers un coin de la pièce séparée par un rideau, là où se trouve une sorte de débarras. Je fouille dans les cartons et c'est la caverne d'Ali baba, des armes. Je prends le premier revolver qui vient, je prends une réserve de cartouches et je range l'arme discrètement sous ma chemine, et les cartouches dans la poche intérieure de mon blouson.
Je sors de la cachette, personne ne m'a vue, je traverse tranquillement le squat, pas un mouvement dans l'assemblée. Je ne m'attarde pas. Je sors et referme la porte derrière moi. Le soleil m'éblouit, il fait une chaleur de plomb. Je marche dans les ruelles, sans me faire remarquer, je me dirige vers la planque de cet escroc. Je vois son repère, il ne bougera pas avant le soir, il se terre comme un rat. Il sait qu'il risque gros si on découvre où il se cache.
Je sais tout de lui, c'est un trafiquant de drogue puissant dans le monde entier, très ami avec un fonctionnaire haut placé, qui blanchit son argent. Il se fait passer pour un financier respectable, un investisseur, toujours à l'affût des taux en bourse. Et il écoule sa marchandise en toute impunité, en liquidant tous ceux qui s'opposeraient à lui de quelques manières. Il n'a eu aucun scrupule à abattre mon amie, cette avocate gênante qui avait démantelé tout son réseau et avait la preuve qu'il était l'investigateur de tout ce trafic. Il dort tranquille persuadé d'être à l'abri de toute accusation.
Je veux lui faire payer son crime, venger la mort de mon aimée, plus personne ne pourra me faire retrouver la raison, je sens mon cœur se broyer à chaque instant où je pense à cet homme sans remord qui vit alors qu'il devrait baigner dans son propre sang, ce sang qui laverait toutes ces fautes, ce sang qui vengerait toutes ces victimes qui sont tombées à cause de sa saloperie, ce sang qui ferait payer la perte d'Amandine, ma tendre moitié. Oui il va mourir, je suis résignée, personne ne pourra m'arrêter, pas même des milliers de policiers.
J'entre dans cet immeuble, l'arme au poing, les balles soigneusement rangées dans le chargeur. Mes années de toxicomanie m'ont appris à crocheter les serrures, sans faire de bruit. Je pénètre dans son appartement, comme je l'avais imaginé, il dort paisiblement. Il ne m'a pas entendue. Je pointe le canon vers lui et je lui dis :
«
- Réveille-toi !
- (réveillé en sursaut, voyant le canon pointé sur lui, il panique) que me voulez-vous ?
- tu me demandes ce que je veux après ce que tu as fait hier ?
- Vous devez faire erreur, on ne se connaît pas, rangez votre arme nous allons parler calmement, c'est de l'argent que vous voulez ?
- Amandine Lepage ça ne te rappelle rien ?
- Non
- (Sa réponse me met dans un état de colère et de tremblement, je lui tire un coup dans le genou, là où ça fait mal) toujours rien ??
- Arrêtez, (il me supplie, tout en maintenant la main sur sa blessure) je ferai tout ce que vous voudrez, mais je vous en supplie ?
- Vous l'avez abattu froidement, sans vous poser question, elle vous a supplié pourtant, vous l'avez tuée, vous m'avez pris la femme que j'aime le seul lien qui me retenait ici... et vous voudriez que je vous épargne ???
- S'il vous plait, oui j'ai abattu votre amie, je le regrette (je le vois pleurer, mort de peur, et sans aucun remord pourtant, je veux qu'il souffre, je veux le voir supplier...)
- Je veux que tu écrives une lettre où tu avoues le meurtre de Maître Lepage et aussi où tu reconnais être le chef de ce réseau de drogue, j'ai lu le dossier, je veux que tu fasses des aveux écrits...
- Tout ce que vous voudrez... (je lui tends une feuille et un stylo, en prenant soin de ne jamais être de dos et de toujours pointer le canon sur lui. Il écrit... sa main tremble, je relis... il a tout avoué...) Maintenant appelez une ambulance je vous en prie !!!
- Une ambulance ??? Et pourquoi donc ??? Vous avez laissé le choix à Maître Lepage de rester en vie ?
- J'ai fait des aveux, je vous en supplie... laissez-moi la vie sauve...
- C'est hors de question !!! D'ailleurs assez bavardé, tu peux dire adieu à ce monde !!
- Non !!!
»
Je n'écoute pas plus ces plaintes et je tire à plusieurs reprises sur cet homme, je ne suis plus moi-même, le sang a coulé, je viens de tuer un homme. Je suis passée de l'autre côté, celui qu'Amandine ne voulait pas que je franchisse. Je quitte les lieux à toute vitesse, j'ai du sang sur les mains, partout... Je cours aussi vite que je peux aussi loin...
Je me retrouve près de la rivière, ce lieu où j'ai rencontré Amandine pour la première fois. Cette fois, elle ne viendra pas. Je ne sais plus ce que j'ai fait, je tremble, ce cœur qui bat étrangement, il étouffe, je suffoque, je n'ai plus d'air, je viens de franchir la dernière limite, le point de non-retour. J'ai cette lettre, ces aveux... J'ai vengé Amandine, et maintenant je veux la retrouver, pour ne plus jamais la quitter non plus jamais... Avant cela j'écris une autre lettre pour expliquer toute l'histoire... les mots enfin déposés, il est temps de plier bagage...
Je brandis le canon du revolver sur ma tempe, je compte jusqu'à trois, un, deux,... Un bruit sourd raisonne, je tombe à terre c'est la fin, ma dernière image aura été le doux sourire d'amandine...
Le soleil se couche comme tous les jours, une journée sanglante se termine. La police retrouvera mon corps quelques heures plus tard et élucidera l'affaire de la décennie : Le démantèlement du plus grand trafic de drogue jamais à ce jour égalé.

